Les coléoptères de la famille des Chrysomelidae (Chrysomélidés)
La famille des Chrysomélidés (Chrysomelidae) représente l'un des groupes les plus vastes et les plus diversifiés de l'ordre des Coléoptères.
Ces insectes phytophages sont dépendants durant toute leur vie d'une famille, d'un genre ou d'une espèce végétale. Pour les identifier, il sera donc important de connaitre la plante sur laquelle on les aura trouvés.
Morphologiquement, les points communs que l'on retrouve chez cette famille sont un corps ovale plus ou moins bombé, des pattes dont tous les tarses sont visiblement composés de 4 segments et des antennes filiformes ou terminées en massue légère généralement plus courtes que la moitié de la longueur du corps (mais aussi parfois dentées).
Bruchinae (Bru.), Eumolpinae (Eum.), Cassidinae (Cas.), Cryptocephalinae (Cry.), Chrysomelinae (Chr.), Criocerinae (Cri.), Galerucinae (Gal.), Donaciinae (Don.), Lamprosomatinae (lam.).
Tour d'horizon des sous-familles et particularités
Les Chrysomélidés comportent en France métropolitaine neuf sous-familles distinctes, possédant des traits plus ou moins uniques. Voici un résumé des caractères de chacune d'entre elles :
- Les Bruchinae (Bru.) sont spécialisés dans la consommation et la perforation de graines ; leur tête est prolongée par un rostre court ; les yeux sont le plus souvent très saillants pouvant être échancrés en avant ; les élytres tronqués laissent à découvert l'extrémité de l'abdomen.
- Les Eumolpinae (Eum.) au corps ovale se distinguant par des antennes filiformes dépassant souvent la moitié du corps et, pour les espèces européennes, une tête plus ou moins cachée sous le pronotum bombé comme les Cryptocephalinae. Pour différencier les deux sous-familles, il faudra observer la tête de face, donc retourner l'insecte. Les Eumolpinae ont les antennes fixées vers le haut du front près de chaque œil alors que les Cryptocephalinae ont la base des antennes située entre les deux yeux vers le milieu du front.
- La sous-famille des Cassidinae (Cas.) est sans doute la plus originale avec un corps aplati aux marges pronotales et élytrales très élargies qui dissimulent complètement la tête et les pattes donnant à ces insectes une allure de punaise.
- Les Cryptocephalinae (Cry.) ont un corps cylindrique robuste où la tête s'encastre verticalement dans le prothorax sous un pronotum bombé.
- La sous-famille des Chrysomelinae (Chr.) regroupe des espèces caractérisées par un corps fortement bombé et des élytres lisses et colorés. Ces espèces exposent souvent des glandes défensives produisant des sécrétions toxiques pour repousser les prédateurs.
- Les Criocerinae (Cri.) ont un "cou" distinctement étranglé derrière les yeux.
- Les Galerucinae (Gal.) ont un corps ovale plus ou moins allongé avec des antennes au moins aussi longues que la moitié du corps, insérées proches l'une de l'autre sur le front. Parmi les originalités de cette sous-famille, on trouve les Altises (ex sous-famille des Alticinae) dont les fémurs postérieurs épais sont adaptés au saut et l'Arime marginée (Arima marginata) dont les élytres sont beaucoup plus courts que l'abdomen.
- Les Donaciinae (Don.) se rencontrent toujours sur les plantes aquatiques ou près du rivage. Ils pondent leurs œufs sous l'eau ou dans les tissus des plantes hôtes. Avec leurs longues antennes et leurs élytres étroits, ils ont l'allure des longicornes.
- Les Lamprosomatinae (lam.) possèdent un corps globuleux de très petite taille et leurs larves vivent dans un fourreau protecteur d'excréments.
Cycle de vie type, biologie et écologie
Les Chrysomélidés subissent une métamorphose complète (holométabole). Les femelles déposent leurs œufs directement à proximité de la plante hôte, sur celle-ci ou dans ses tissus. Rapidement, les larves éclosent et commencent à consommer voracement les tissus végétaux. Les larves et les adultes exploitent souvent les mêmes plantes, maximisant ainsi l'efficacité de leur cycle de reproduction dans un habitat restreint.
Cependant, d'importantes différences biologiques séparent les sous-familles. Les larves des Chrysomelinae s'alimentent généralement à découvert sur le feuillage. À l'inverse, celles de nombreuses espèces de Galerucinae vivent de manière endophyte minant les feuilles, creusant les tiges ou s'attaquant directement aux racines. Les larves des Cassidinae accumulent leurs propres excréments et exuvies sur des appendices dorsaux pour former un "bouclier fécal", les camouflant et les protégeant des ennemis naturels. Celles des Donaciinae exploitent des environnements aquatiques, perçant les racines des plantes submergées pour en extraire l'oxygène. À l'inverse, les larves de Bruchinae vivent en endophytes stricts, se développant exclusivement à l'intérieur des graines forestières ou légumineuses (loges nymphales internes).
La dépendance étroite aux plantes hôtes rend les Chrysomélidés particulièrement vulnérables aux altérations environnementales. La destruction des biotopes naturels, l'usage intensif de produits phytosanitaires et la fragmentation des écosystèmes forestiers menacent directement la survie des espèces endémiques. La conservation de cette famille exige impérativement la préservation intégrale des communautés végétales associées.
Biblio et liens
- Jolivet, Pierre. 1997. Biologie des coléoptères chrysomélides. Paris: Boubée.
- Du Chatenet, G. (2002). Coléoptères Phytophages d’Europe Tome 2—Chrysomelidae: Vol. Tome 2. NAP Editions.
- Riley, Edward G., Shawn M. Clark, et Terry N. Seeno. 2003. Catalog of the leaf beetles of America north of Mexico (Coleoptera: Megalopodidae, Orsodacnidae and Chrysomelidae, excluding Bruchinae). Sacramento: Coleopterists Society.
- Schmitt, Michael. 1996. "The phylogenetic system of the Chrysomelidae - history of ideas and present state of knowledge." Chrysomelidae Biology 1: 57-96.