Les coléoptères de la famille des Cleridae (Cléridés)
La famille des Cléridés (Cleridae) rassemble des insectes qui présentent généralement un corps allongé, cylindrique et densément recouvert d'une fine pilosité . Leurs élytres nettement plus larges que le pronotum (sauf exception) arborent souvent des motifs très contrastés, mêlant le rouge, le jaune, le bleu métallique ou le noir. Leurs antennes sont soit terminées par une massue (3 derniers articles) ou sont allongées et dentées en scie.
L'ensemble de ces caractères permettent de les distinguer des Cantharidés (au corps mou relativement aplati avec un pronotum souvent aussi large que les élytres). Il est, par contre, difficile de les séparer des Mélyridés sans l'observation des tarses. Ceux-ci sont en partie lobés (2 et 3e articles) chez les Cléridés alors que chez les Mélyridés ils ne le sont pas. Pour ces deux familles la formule tarsale de base est 5-5-5, mais certains articles peuvent être cachés sous d'autres, elle n'est donc pas un caractère pertinent lorsqu'on observe l'insecte de dos.
Un développement au cœur du bois sauf pour les Clairons
Le cycle de vie des Cléridés suit un développement classique dit holométabole comprenant les stades d'œuf, larve, nymphe et d'adulte (imago). Les femelles déposent leurs œufs à proximité de la source de nourriture de leur future progéniture et les larves allongées, souvent de couleur rosâtre ou violacée, dotées de puissantes mandibules se déplacent ensuite à la recherche de celle-ci.
Dans cette famille, les Clairons (genre Trichodes) font office d'exceptions, la ponte ayant lieu à l'entrée des nids d'abeilles sauvages et leurs larves se nourrissant ensuite des provisions et des larves d'hyménoptères.
Chez tous les autres Cléridés, les œufs sont déposés dans les anfractuosités des écorces ou directement à l'entrée des galeries creusées par des insectes xylophages. Une fois émergées, les larves parcourent activement les galeries sous-corticales à la recherche de leurs proies.
La durée du stade larvaire varie considérablement selon les conditions thermiques et l'abondance des proies, s'étalant parfois sur plusieurs années.
À l'approche de la nymphose, la larve aménage une loge, souvent tapissée d'une sécrétion protectrice et s'y métamorphose pour faire émerger l'adulte au printemps ou en été.
Régimes et niches écologiques
À l'exception des Clairons (Trichodes), sur le plan écologique, la plupart des espèces de cette famille occupent une place fondamentale dans la régulation des populations d'insectes forestiers. Les larves, strictement carnivores, chassent activement au sein de la faune saproxylique. Elles ciblent principalement les larves et les nymphes de coléoptères xylophages, tels que les Scolytes (Curculionidae) ou les Vrillettes (Anobiidae). Par conséquent, ces prédateurs limitent efficacement les pullulations d'insectes potentiellement ravageurs, jouant un rôle de biocontrôle naturel inestimable pour la santé sylvicole.
À l'âge adulte, le régime alimentaire se diversifie selon les espèces. Si de nombreux adultes demeurent d'actifs prédateurs chassant sur les troncs ensoleillés, d'autres adoptent un régime mixte ou floricole. Par exemple, certains Clairons se rencontrent fréquemment sur les fleurs où ils consomment le pollen et chassent de petits butineurs.
Les Cléridés affectionnent particulièrement les écosystèmes forestiers matures, les lisières riches en bois mort et les milieux préservés, ce qui fait d'eux d'excellents bio-indicateurs de la qualité et de l'ancienneté des milieux boisés.
Sous-familles et enjeux de conservation
La taxonomie des Cleridae les divise en plusieurs sous-familles distinctes.
La sous-famille des Clerinae abrite des espèces très colorées, dont le célèbre Clairon des abeilles (Trichodes apiarius) (3), reconnaissable à ses bandes rouges et noires.
La sous-famille des Tillinae se distingue par un pronotum souvent très cylindrique et allongé, avec des espèces discrètes chassant dans le bois mort comme le Tille allongé (Tillus elongatus) (1).
Enfin, les Korynetinae possèdent une massue antennaire très abrupte et regroupent des espèces aux mœurs parfois nécrophages ou détritiphages, à l'image de Necrobia rufipes (2), souvent associée aux denrées stockées ou aux cadavres desséchés.
Bien que de nombreuses espèces soient communes, la dégradation de leurs habitats menace certains représentants de la famille. L'exploitation forestière intensive et l'élimination systématique du bois mort réduisent drastiquement les niches écologiques de la faune saproxylique. Selon les données et les listes rouges de l'UICN, bien que peu de Cléridés soient évalués individuellement à l'échelle mondiale, le déclin général des insectes dépendant du bois sénescent souligne l'urgence de maintenir des îlots de vieillissement en forêt. La préservation de ces micro-habitats demeure cruciale pour assurer la survie de ces prédateurs spécialisés.
Biblio et liens
- Aramel, A. (n.d.). Le Monde des Insectes. LES CLEROIDES, des imagos et des larves carnassières.
- Portevin, G. (1931). Histoire naturelle des Coléoptères de France (Tome III). (Faune de France). Paul Lechevalier & Fils.
- Du Chatenet, Gaëtan. 2017. Coléoptères Phytophages d’Europe Tome 1 - Buprestidae, Elateridae, Cleridae, Cerambycidae. Coléoptères phytophages d’Europe. Verrières-le-Buisson: NAP éditions.
- Delvare, Gérard, Henri-Pierre Aberlenc, et CIRAD. 1989. Les insectes d’Afrique et d’Amérique tropicale: clés pour la reconnaissance des familles. Montpellier: Laboratoire de faunistique Acridologie opérationnelle - Ecoforce internationale.