Incendie de Vitrolles, quatre ans après.

Nous voici en novembre 2020 soit à quelques mois près, quatre années après l'incendie. Il faut comparer les photos pour se rendre compte des changements accomplis par la nature en si peu de temps. Retour donc sur le même chemin pour de nouvelles prises de vue des endroits saisis en 2016.

La renaissance des paysages

En parcourant les pistes, ce qui frappe le plus c'est une impression de grand retour en arrière, comme si le feu n'était jamais passé. Tout est vert et champs et garrigues couvrent le paysage des collines et des vallons. En contrebas s'écoule de l'eau et une bergeronnette des ruisseaux vient s'y aventurer. Plus haut les rouges-gorges, les fauvettes et les rouges-queues s'affairent. Avant l'incendie, à cet endroit, le plateau ressemblait à cela. Sur les crêtes, on retrouve les mêmes arbres, épargnés et peu nombreux.

Évolution du paysage en 4 ans (plan 1)

La garrigue est de retour

Ce paysage vert est peuplé maintenant de buissons, beaucoup de buissons. Il est difficile de sortir des chemins tant leur densité rend le passage compliqué. C'était déjà comme ça avant le feu, de grandes pistes et chemins et partout ailleurs des buissons. Déjà touchés par les flammes une douzaine d'années auparavant, seuls quelques arbres de grande taille subsistaient. Parmi eux des chênes, quelques pins et les Peupliers en fond de vallon.

Quatre années plus tard, les pousses (issues de graines) de Cistes ont été rattrapées par les repousses, la plupart mesurent entre 40 et 70 cm. Les Chênes kermès ont fait leur grand retour et dominent à nouveau de nombreuses zones. Quelques Filaires à feuilles étroites, des Ajoncs de Provence, les Bruyères, le Romarin et les Garous, complètent la liste des buissons. Au bord des chemins et au milieu de ces végétaux dépassent les repousses de Chênes verts.

Cet ensemble de plantes sorties de graines ou de bourgeons forme les garrigues qui ont reconstitué les paysages.

Évolution du paysage en 4 ans (plan 2)

Évolution du paysage en 4 ans (plan 3)
À mi-chemin

Au milieu des repousses des chênes et des divers buissons, on trouve toujours les anciennes branches et les tiges incendiées. En quatre ans, la végétation a atteint environ la moitié de sa taille de départ. Pas sûr qu'il suffise de quatre années supplémentaires pour atteindre les anciennes pousses, mais tout ceci est encourageant.


Générations futures
Sur le chemin en novembre 2020. De nombreux buissons sont à la moitié de leur hauteur d'origine.
La repousse d'un Chêne vert


Si les repousses de Chênes verts restent encore assez basses, du côté des rares Pins d'Alep ayant échappé à l'incendie, quelques semences ont poussé et donné de jeunes plants d'une vingtaine de centimètres. Les autres jeunes pins qui étaient sans doute déjà présents ont leurs premiers cônes qui arrivent à maturité et ils pourront à leur tour ensemencer le milieu.

C'est le cas également des buissons qui portent presque tous des fruits. En quatre ans, la nature a remis en marche les usines à graines. Ces semences qui serviront à enrichir le milieu en individus pourront, en cas de nouveau drame, servir de stock de survie.

Érosion

Ce joyeux retour de la verdure ferait presque oublier que tout n'est pas rose. Un tour par le vallon et un oeil attentif sur le paysage permettent de voir l'impact qu'a eu l'absence de végétaux sur les pentes déjà bien ravinées. Sans aucune racine pour retenir le sol, les orages ont amplifié l'érosion emportant avec les plus à la fois la surface fertile, mais aussi la roche qui est ici meuble et riche en argile. Même si l'observation du paysage ne le montre pas, les falaises ont sans doute été fragilisées.

L'impact de l'érosion sur le paysage

Animaux

Je l'ai déjà dit, l'incendie n'a pas touché un milieu forestier, mais un plateau déjà meurtri. S'il est facile de constater le retour de telle ou telle plante, pour la faune le bilan ne peut se faire en une journée de novembre, mais sur l'année et même plusieurs et c'est l'affaire de spécialistes. On attendra les études qui sortiront sans doute sur ce sujet pour avoir une idée de l'impact de l'incendie.

Conclusion

La dynamique positive perceptible au printemps 2017 s'est poursuivie et, comme on pouvait s'y attendre, elle fait évoluer les terrains incendiés vers des garrigues où dominent les Kermès dans les zones où le sol est squelettique et la roche dure ou un ensemble plus diversifié quand les conditions sont meilleures. La suite sera l'installation pendant de longues années de ces garrigues. Dans les rares zones où subsistent quelques Pins d'Alep, des ilots de conifères seront les ensemenciers des terrains alentour. Entre Chênes verts et Pins d'Alep, un nouveau partage de territoire sera la dernière phase de cette évolution, à moins qu'une nouvelle action de l'homme ne contrarie à nouveau ce renouveau.


Éric Pensa