Le longicorne Ergate forgeron

la larve
la larve

C'est en guidant un groupe d'enseignants, voilà déjà une bonne dizaine d'années que j'ai pu voir ma première larve de longicorne. Nous marchions sur un sentier de la face sud de Sainte Victoire, lorsqu'un enseignant, arrivé à la hauteur d'un tas de troncs coupés, s'arrêta. Rapidement, en tournant les bois et écartant les morceaux cassés, il sortit une l'étrange animal qu'il nous présenta comme être la larve d'un longicorne. Voyant l'émerveillement et le dégout des autres devant le monstre, je m'approchai à mon tour pour le toucher. L'orgueil d'être LE guide me poussa à surmonter ma peur à prendre dans les mains l'animal. Depuis, chaque fois que je trouve un tronc coupé lors de mes guidages, je tente de débusquer une larve pour la montrer (non sans une certaine fierté).

Cycle de vie

La femelle longicorne pond la nuit. Si certaines espèces sont menacées de disparaitre en raison de la destruction de leur habitat, notre ergate lui n'a pas grand-chose à craindre. Le passage d'un incendie dans une pinède, oblige l'homme à couper les arbres morts et à les disposer en paquet (fascines) dans le sens opposé à la pente pour retenir le sol. Ce tas de bois est un des lieux de ponte préférés des femelles.

la nymphe
la nymphe

L'insecte se pose sur le tronc couché et y dépose ses oeufs noirs sans plus de précaution. Ceux-ci mesurent environ 2 mm et sont en forme de ballon de rugby. Discrets par leur couleur (surtout sur du bois brulé !) les oeufs donnent naissance à de petites larves ivoires dont la tête est armée de puissantes mandibules sombres.
Profitant d'une fissure, la larve s'enfonce dans le bois en creusant. Elle passera ainsi presque deux années à ouvrir des galeries de plus en plus larges pour se nourrir. La sciure de bois beige provoquée par le creusement va peu à peu remplir une partie des galeries tombant même au sol.

À l'aube de sa vie larvaire, l'insecte se rapproche de la surface du tronc et s'immobilise. Commence alors sa transformation en nymphe. Sa peau se fend et les soubresauts de la larve la font s'évacuer à l'extrémité du corps comme une chaussette trop grande.

la larve
l'adulte presque complet

La nymphe est ainsi dévoilée. Son corps ivoire possède déjà des pattes, une tête complète terminée par des antennes, bref apparemment tout ce qu'il faut pour entreprendre sa vie d'adulte. Si l'extérieur semble terminé, l'intérieur ne l'est pas et il faudra attendre une nouvelle mue pour voir sortir un insecte adulte "presque " parfait.
Le dernier stade commence comme le précédent, la nymphe, comme emprisonnée par sa peau, bouge et finit par la fissurer et s'en débarrasser. Un insecte au corps très clair se dégage de sa dépouille nymphale et attend patiemment les derniers réglages internes et externes. Le corps s'assombrit peu à peu jusqu'à sa teinte définitive.
Devenu enfin adulte, le capricorne sort du bois puis s'envole pour se cacher.

Une vie sans lumière
Mâle et femelle

De la naissance à la mort, 2 à 3 années se seront écoulées dans l'obscurité totale. Même sortis du bois, les adultes continueront une vie nocturne. Ils s'accoupleront et les femelles iront déposer les oeufs sur un arbre mort. Les adultes mourront à la fin de l'été.

Détermination de l'espèce et de son sexe

L'Ergate vit dans les régions où se trouvent des forêts de pins et particulièrement dans le sud. Sa longueur peut atteindre 6 cm sans les antennes ce qui fait, avec pattes et antennes, un insecte impressionnant. Logiquement, les grosses larves donneront de gros insectes, mais certaines larves peut-être précoces donnent des longicornes plus petits, la taille peut ainsi baisser jusqu'à 3 cm pour un insecte adulte !. Le bord du thorax est denticulé avec une dent un peu plus forte en dessous de la moitié de sa longueur. La reconnaissance des sexes est facile : les mâles ont les antennes au moins aussi longues que le corps, celles des femelles sont moitié plus courtes. Le dessus du thorax est très rugueux alors que celui du mâle est régulièrement ponctué

Bon appétit !
Bon appétit !
Mets de luxe

La vision des grosses larves nous fait penser à celles que mangent certains peuples de la forêt amazonienne. On oublie de dire que ces larves faisaient le régal aux tables des festins des Romains. Jean Henri Fabre dans ses Souvenirs entomologiques nous en décrit la saveur :
"le témoignage est unanime. Le rôti est juteux, souple et de haut goût. On lui reconnaît certaines saveurs d'amandes grillées que relève un vague arôme de vanille. En somme, le mets vermiculaire est trouvé très acceptable ; on pourrait même dire excellent. Que serait-ce si l'art raffiné des gourmets antiques avaient cuisiné la chose !"