Au fil des chemins : La crau sèche et le coussoul (13)

Cela faisait plusieurs années que je planifiai de découvrir la crau, non pas la ville située dans le Var, mais cette crau au sud du massif des Alpilles(13). L'année dernière, mon itinéraire s'était arrêté à l'étang des aulnes d'où je n'avais pas réussi à trouver où se situait cet écosystème particulier. Cette fois-ci j'ai démarré par une recherche assidue sur internet qui m'a mené vers les sites de personnes ayant pris des photos et sur lesquelles figurait le mot coussoul. C'est en partant de lui que je trouvais rapidement la page de la réserve naturelle Coussouls de Crau et sa localisation à quelques kilomètres de l'étang des aulnes, je vous expliquerai plus loin comment vous y rendre.

Le coussoul, milieu hostile
Milieu hostile

Le coussoul est un milieu surprenant par la simplicité de son paysage, une immense pelouse à brachypode rameux, couverte de gros galets. En ce début d'avril, la seule floraison remarquable est celle des euphorbes petit-cyprès qui teintent de jaune certains espaces. Les plantes ici sont soumises à rude épreuve, un soleil ardant, le vent et le pâturage voilà de quoi en éliminer plus d'une. Ce qui m'a le plus étonné ce jour-là, ce fut l'absence d'insectes actifs. Je m'attendais à ce que la chaleur du milieu précipite l'éclosion des oeufs de criquets et sautelles et qu'elle permette même à de nombreux individus adultes de survivre en hiver, il n'en ai rien, pas plus d'orthoptères ici qu'ailleurs, il est trop tôt, je reviendrai dans un mois.

Le mystère des galets

L'histoire de la crau est celle d'un cours d'eau capricieux, la Durance qui cherche un passage au sud du Luberon pour rejoindre la mer. Jusqu'à - 18 000 ans, le seul passage possible se situera entre la chaine des Côtes et les Alpilles, la Durance est alors un fleuve qui déverse les roches venues des Alpes dans un immense delta. Au fil des millénaires, les dépôts dans le delta se font de plus en plus épais, pouvant atteindre jusqu'à 50 m d'épaisseur, en même temps, le passage à tendance à se combler entre Alpilles et chaîne des Côtes.

Vers - 18 000 ans, des mouvements tectoniques provoquent l'ouverture d'un passage entre les Alpilles et le Luberon, le seuil de Lamanon. Les eaux de la Durance sont détournées et viennent se jeter dans le Rhône près d'Avignon. La Durance devient une rivière et son ancien delta s'assèche et forme la Crau.

De l'occupation à la protection

Cette vaste étendue plane laissée par la Durance fut, dans un premier temps utilisées pour le pâturage, mais devant tant d'espace, l'homme entrepris de transformer la crau en zone agricole en amenant l'eau de la Durance par le canal de la Craponne. Ainsi apparu au nord, la Crau humide dédiée notamment à la culture du foin. Plus tard, toujours grâce aux canaux d'irrigation, ce fut la culture du melon qui pris la place du coussoul alors que les routes, usine et aéroport prenaient toujours réduisaient encore plus

tas de pierres
dans le coussoul

L'étude géologique de la crau montre que, sous les galets, s'est formée un poudingue, une roche dure et imperméable issue de la cimentation des galets profonds par du calcaire infiltré. Cette dalle isole les galets et le sol, de la nappe phréatique située en dessous. L'aridité de la crau provient donc de la présence de ce poudingue c'est ce qu'ont compris rapidement les hommes qui après avoir utilisé pendant très longtemps la crau comme une zone de pâturage ont voulu la transformer en une zone agricole. À partir du XVIe siècle, les eaux de la Durance acheminée par le canal de la Crapone irriguent la partie nord de la crau, le coussoul est alors remplacé par la Crau humide avec des cultures de foin de Crau (AOC). Casser le poudingue, faire venir l'eau par des canaux, pour y introduire la culture du melon fut entrepris plus tard.pendant qu'une autre partie de l'espace restante servait au passage des routes, à l'implantation d'usines, de base militaire, aéroport,etc.

Après des siècles de grignotage des espaces naturels de la crau, ce n'est qu'en 1970 que l'on commence à se soucier de la protection des espaces restants en leur accordant une valeur écologique. En 1981, des zones d'intérêt majeur sont délimitées conduisant à des préconisations pour minimiser l'impact des activités humaines sur le coussoul. S'en suivra la création de l'écomusée de la Crau à Saint Martin de Crau (1987), la première réserve naturelle volontaire (domaine de la Poitevine-1988), le classement de l'ensemble des coussouls résiduels et vierges en Zone de Protection Spéciale (1990). En 1996, les coussouls et les prairies de Foin de Crau à la Zone Spéciale de Conservation « Crau centrale – Crau Sèche » (site Natura 2000).Enfin, en 2001 la Réserve naturelle des Coussouls de Crau est créée (7411 ha).

Ganga cata
symbole du Coussoul
Mais que protège-t-on ?

Je vous l'ai dit, la crau c'est, à première vue, des galets et de l'herbe où viennent brouter des moutons et des chèvres, alors qu'il y a-t-il de si exceptionnel à protéger ?

Un écosystème unique au monde

Le coussoul est une pelouse steppique unique au monde à la fois pâturage et habitat d'un ensemble de plante et d'animaux. Il est très sensible à l'action de l'homme au point ne ne pas pouvoir se régénérer après dégradation.

Une remarquable richesse en oiseaux

Le coussoul est un écosystème qui accueille, à l'année ou saisonnièrement une nombre très important d'oiseaux nicheurs. L'espèce emblématique de la réserve est le Ganga cata dont on retrouve ici la seule station de notre territoire. En 2006 80% de la population nationale des faucons crécerelles, 95 % des alouettes calandre et plus du tiers de celle de l'outarde canepière se trouvaient dans les coussouls avec de nombreuses autres espèces d'oiseaux.

lézard ocellé
(source WIKIPEDIA)

Une faune exceptionnelle et une espèce unique au monde

Mis à part les oiseaux, le coussoul c'est plus de 300 espèces de papillons des dizaines de coléoptère et orthoptères, et surtout une espèce de criquet que l(on ne rencontre qu'ici, le criquet rhodanien. Mais ce n'est pas tout, le coussoul abrite les terriers des lycoses de Narbonne, sous ses pierres se cachent la scolopendre et ses tas de galets sont l'habitat du plus grand lézard de notre faune, le lézard ocellé

Terrier
de lycose
La crau et le coussoul, affaire à suivre

Ma première visite au coussoul a été un peu frustrante, un peu tôt dans la saison et manque de matériel pour prendre de bonnes photos, j'y referai un tour régulièrement pour vous donner des nouvelles de cette réserve au fil des mois.

Comment s'y rendre ?
départ du coussoul

Vous avez envie de découvrir le coussoul, voici ce qu'il faut faire. Rendez-vous à l'écomusée de la Crau situé à Saint-Martin-de-Crau, c'est ici que vous pourrez acheter votre droit d'accès ( quelques euros pour 2 semaines). Vous pourrez ensuite vous rendre à la réserve des coussouls ou un sentier aménagé vous apprendra beaucoup d'autres choses.

Prévoyez de l'eau, une bonne protection solaire, une casquette et des jumelles. Sur le parcours, à la bergerie, un observatoire est à votre disposition pour observer les oiseaux.

Bonne ballade.