La Renoncule ficaire : une fleur peu évoluée ?

Plante de sous-bois ou des endroits humides, la renoncule ficaire démarre sa floraison en même temps que les amandiers. Avec ses grandes fleurs jaunes, difficile de la rater, aussi profitons-en pour l'observer de près.

Description

Noms communs : Ficaire, Renoncule ficaire, Ficaire fausse renoncule
Nom latin : Ficaria verna
Famille : Renonculacées

Présentation

La Renoncule ficaire est une plante herbacée vivace (tubercule) aux feuilles longuement pétiolées au limbe ovale, en coeur à la base. On peut rencontrer deux sous-espèces, la première (subsp. verna) vit dans les sous-bois souvent en compagnie des Hépatites à trois lobes et a des fleurs de taille moyenne (20-25 mm). La sous-espèce grandiflora se rencontre dans les endroits humides plus ensoleillés et a des fleurs bien plus grandes (20-40 mm) idéales pour l'observation.


Une famille à fleurs variables

La famille des renonculacées comporte de nombreuses espèces aux couleurs et aux formes variées. Si le bouton d'or et les renoncules ont de grandes similitudes avec la ficaire, difficile de la rapprocher des Dauphinelles, des Ancolies ou des Pigamons.

Au cœur de la fleur

La fleur d'assez grande taille est située à l'extrémité d'un pédoncule partant de la base de la plante. Contrairement aux boutons d'or, on remarque un nombre important de pétales alors que 5 ou 6 est plutôt la règle pour la majorité des plantes.

Deuxième originalité de la fleur, un nombre important d'étamines formant une couronne sur plusieurs rangs autour du centre qui est bombé et présente, à première vue, de nombreuses petites bosses rappelant vaguement la surface d'une framboise.

Étape 1 : retrait de quelques pétales

Cette première étape va nous permettre de vérifier si les pétales sont soudés entre eux à la base ou d'ils portent les étamines (ce qui n'est pas à priori le cas). Sans surprise, chaque pétale se détache très facilement, ils sont donc libres. Cette première opération permet de dévoiler les sépales qui se situent sous les pétales.

Attardons-nous quelques instants sur un pétale. Celui-ci est doublé à sa base d'une petite écaille nectarifère dont le but est de produire le précieux liquide recherché par les pollinisateurs. On remarque également l'assombrissement de celui-ci du côté de son point d'attache et la présence de lignes longitudinales. L'ensemble donne un contraste et des motifs que perçoivent les insectes dont la vue est différente de la nôtre.

Étape 2 : les étamines

Après avoir dévoilé les sépales, regardons de plus près les étamines. Celles-ci sont très nombreuses et, avec une bonne loupe, ont s'aperçoit qu'elles s'ouvrent par des fentes orientées vers l'extérieur de la fleur. On dit qu'elles sont extrorses.

Étape 3 : les pistils

Retirons à présent les étamines qui cachent la partie centrale de la fleur. Ceci fait, on s'aperçoit que, là ou habituellement on trouve un élément unique nommé pistil, partie femelle de la fleur, ici c'est un ensemble de nombreux petits éléments sur une partie bombée qui occupent l'espace. Chacun d'eux est nommé carpelle, équivalent du pistil.

Étape 4 : le réceptacle

Pour terminer l'observation de la fleur, on peut à présent retirer quelques carpelles pour découvrir l'aspect bombé du réceptacle. L'opération va surement vous obliger à sectionner certains carpelles d'où vous verrez s'échapper un ovule (unique).

En bref

Reprenons chaque élément de l'extérieur vers l'intérieur de la fleur.

Notre fleur de renoncule ficaire était composée de :

  • 3 sépales libres entre eux
  • 9 pétales libres (ce nombre peut varier) entre eux et portant chacun à sa base une fossette nectarifère
  • Un nombre important d'étamines extrorses également libres entre elles et attachées en spirale.
  • Un nombre important de carpelles, également fixés en spirale sur un réceptacle bombé

La Ficaire et l'évolution florale

La fleur a pour fonction essentielle d'assurer la reproduction sexuée de la plante. Pour cela, le pollen, élément mâle contenu dans les étamines, doit se poser sur la partie femelle constituée ici par les carpelles. La formation d'une fleur demande une énergie proportionnelle à la taille et au nombre des éléments dont elle est constituée. Les fleurs les plus évoluées sont les plus économes en énergie grâce à une miniaturisation ou une réduction de leurs éléments. L'autre facteur d'évolution florale est l'efficacité des fleurs. Rien de sert de tout miniaturiser si au final la fleur n'est pas visible. Pour compenser le handicap que pourrait constituer la miniaturisation de la fleur, les familles ont ensuite regroupé les fleurs en inflorescences plus ou moins denses. Le pissenlit avec son capitule de minuscules fleurs est une espèce très évoluée. Enfin, les transporteurs de pollen étant en majorité des insectes, l"autre voie d'évolution à mené vers des fleurs mieux adaptées à l'accueil des pollinisateurs et vers un passage d'une symétrie en étoile à une symétrie bilatérale. La soudure des pétales et l'attachement des étamines à ceux-ci rend également la fleur plus solide.

La Ficaire ne fait pas dans l'économie, les pétales sont nombreux, de grande taille, les étamines sont, elles aussi nombreuses ainsi que les carpelles. Tout ceci montre que la fleur est peu évoluée. Si on parle maintenant d'efficacité, outre la dépense énergétique que représente la grande fleur, des pétales libres entre eux sont plus fragiles et peuvent facilement se détacher rendant la fleur moins visible. Les carpelles, quant à eux, posés sur le réceptacle, offrent peu de protection aux futures graines. Enfin, la symétrie radiale de la fleur est la dernière preuve d'un faible degré d'évolution.

Je vous invite à comparer la fleur de ficaire à celle du romarin et des'Ophrys ayant fait l'objet de précédents articles.


E.P.