Le lierre : les secrets d'une réussite

On retrouve le lierre aussi bien en forêt, qu'utilisé comme plante ornementale pour couvrir des murs ce qui fait de lui une plante très connue. Son feuillage est dense et ses feuilles, épaisses, sont persistantes. Sa floraison tardive va nous permettre d’observer de plus près ses fleurs et d'apporter quelques détails aux représentants de sa famille.

Description

Nom commun : Lierre
Nom latin : Hedera helix
Famille : Araliacées

Portrait de famille : les Araliacées

Ginseng d'Amérique

Seul représentant européen de sa famille, le lierre (Hedera helix de son petit nom latin) est une liane qui permet difficilement de se faire une idée sur sa famille. Les principales espèces d'Araliacées se trouvent dans les régions subtropicales et sont aussi bien des arbres, des buissons, des lianes ou des plantes herbacées.

Lierre terrestre
Glechoma hederacea

Les plus connues des herbacées que l'on retrouve en Asie et en Amérique appartiennent au genre Panax et sont les ginsengs, réputés pour leurs propriétés médicinales de leurs racines. .

Dans la flore française, deux plantes très différentes se partagent le nom "lierre", le lierre grimpant (Hedera helix) et le lierre terrestre (Glechoma hederacea). Ce dernier est une plante herbacée de la famille des lamiacées (sauge, romarin, etc.) qui doit sans doute son nom à son pouvoir couvre-sol. Le vrai lierre a donc pour nom latin Hedera helix.

À la recherche d'un arbre

La plupart des plantes sont attirées par la lumière et vont avoir un feuillage dont l'allure générale va être influencée par la recherche du soleil. Si c'est bien le cas du lierre que l'on découvre accroché à l'arbre, comment a-t-il pu trouver ce support qui, est, au contraire la une source d'ombre ? Logiquement, si la plante est attirée par la lumière, elle devrait fuir l'arbre.

En fait le lierre, dans sa jeunesse, alors qu'il rampe au sol, recherche l'ombre et va orienter sa progression vers les endroits les plus sombres, ce qui lui permet d'arriver jusqu'à la base d'un tronc où s'amorcera sa montée. Cette attirance pour l'ombre porte le nom de skototropisme.

Le roi de la grimpe

Une fois l'arbre trouvé va alors commencer la longue ascension de la plante qui lui permettra lentement de profiter pleinement de son support en y étalant de nombreuses tiges feuillées vers l'extérieur. Au final, le lierre finit par avoir lui-même l'allure du feuillage d'un arbre. Toutes ses tiges feuillées sont relativement lourdes et demandent un excellent système d’accrochage pour ne pas que le tout finisse par se détacher sous le poids. Des études ont montré que le lierre est capable de s'accrocher sur de multiples supports à condition qu'ils offrent un minimum de rugosité. Ce sont les petites racines adventices réparties le long des tiges qui assurent l'ancrage en étant capables, au contact de l'écorce de l'arbre, de réagir en s'épaississant tout en émettant des substances collantes permettant une fixation très efficace.

Floraison un handicap et 4 atouts.

Le lierre devient adulte sur l'arbre. Alors que jusque là ses feuilles étaient découpées en lobes pointus, ce nouvel âge se traduit par la sortie de feuilles plus ovales et non lobées qui annoncent le démarrage de la première floraison.

Pas facile d'attirer des insectes lorsqu'on pousse à l'ombre d'un arbre. Le lierre a trouvé quatre solutions pour surmonter ce problème. La première est de ne fleurir qu'une fois arrivé sur le tronc, ce qui lui lui donne une hauteur qui augmente sa visibilité. La deuxième astuce est de regrouper ses fleurs en ombelles arrondies au bout de tiges qui s'écartent du tronc. Pour assurer la venue des pollinisateurs, ses fleurs sont également munies de disques nectarifères très nourrissants. Enfin, la floraison automnale est un dernier atout en offrant un nectar bienvenu après une fin d'été pauvre en fleurs. Au final le succès est au rendez-vous et le lierre fait partie des plantes les plus attirantes pour les abeilles.

La fleur sous la loupe

Avant d'observer de plus près une fleur, revenons sur leur regroupement en ombelle. Ce type d'inflorescence a déjà été décrit dans l'article sur la carotte sauvage comme étant caractéristique des Apiacées.

On retrouve l'ombelle chez les Araliacées ce qui classe les deux familles dans l'ordre commun des Apiales. Il existe d'ailleurs de nombreux points communs entre les fleurs des deux familles. On retrouve chez le lierre le pistil couvert par un disque nectarifère au centre duquel dépassent deux styles collés, la fleur comporte aussi 5 étamines, 5 pétales (égaux chez le lierre) et 5 sépales réduits. Fait remarquable, le pistil du lierre a une partie au-dessus des pétales (couverte par le disque nectarifère) et le reste en dessous. On dit dans ce cas que l'ovaire est semi-infère. C'est à l'intérieur de l'ovaire qu'existe la vraie différence entre la famille des Araliacées où se trouvent cinq loges (carpelles) et les Apiacées qui n'en comptent que deux.

Autre grande différence, le lierre, comme les autres plantes de sa famille, donne des baies alors que les Apiacées ont des fruits secs en deux parties appelés diakènes.

Passons à l'observation. La fleur de lierre en gros plan nous montre 5 pétales verdâtres qui alternent avec 5 étamines dont les anthères (sacs polliniques) sont accrochées dans le dos et s'ouvrent vers l'extérieur de la fleur.

En retirant délicatement une étamine et un ou deux pétales, on découvre les sépales très courts, velus, bordés de noirs et le dessous du pistil. On voit nettement que le disque nectarifère sur lequel perle le nectar enrobe le dessus du pistil et il est même possible de le détacher.

Le procès du lierre

Pour terminer, voici quelques extraits d'un procès historique en bois.

  • L'accusation
    "Monsieur le lierre, on vous a longtemps appelé Bourreau des arbres, qu'avez-vous à dire pour votre défense ?"
  • Le lierre
    "si les arbres sont morts sous mon feuillage, c'est, le plus souvent de vieillesse ou de maladie, mais jamais par ma faute !"
  • L'accusation
    "Vous êtes pourtant un parasite et sucez la sève des pauvres arbres avec vos racines ?"
  • Le lierre
    "c’est faux ! Mes racines ne servent qu’à m’agripper, elles ne traversent jamais les écorces ! Comme la plupart des plantes, je me nourris d'eau et de sels minéraux que je cherche dans le sol"
  • L'accusation
    "Et c'est parce que vos racines prennent la nourriture des arbres que vous êtes nuisible !"
  • Le lierre
    "encore faux ! Je mets mes racines en surface et laisse tout le reste de l'espace à celles de l'arbre"
  • L'accusation
    "Si ce ne sont vos racines, vos fleurs font du mal aux arbres en détournant les insectes pollinisateurs qui ne vont plus sur celles des arbres !"
  • Le lierre
    "toujours faux ! Je fleuris bien après l'arbre, à l'automne"
  • L'accusation
    "À vous entendre, vous allez presque nous faire croire que vous êtes un bienfait pour l'arbre ! "
  • Le lierre
    "en effet, mon feuillage protège son écorce, mais je suis également très utile pour la forêt en servant d'abri à de nombreux animaux comme le papillon citron. Mes fleurs se transforment en fruits durant l'hiver et sont une nourriture bienvenue pour les oiseaux "
  • L'accusation
    "Monsieur le Juge, je n'ai plus rien à ajouter "
  • Le juge
    "Monsieur le lierre vous êtes innocent ! "

E.P.