La carotte sauvage sous la loupe.

La carotte sauvage est aussi facile à reconnaître que son nom peut être connu. C'est, d’ailleurs, son nom qui va faire d'elle une plante ignorée. À quoi pourrait ressembler une carotte sauvage lorsqu'on connait sa racine orange ?
Notre Daucus, de son nom latin, appartient à l'ancienne famille des ombellifères, depuis longtemps rebaptisée Apiacées (du nom du genre Apium). Gardons un instant le terme ombellifère qui nous fait penser à ombelle, car c'est ce que l'on verra en premier chez cette espèce.

Description

Nom commun : Carotte sauvage
Nom latin : Daucus carota
Famille : Apiacées

L'union fait la force

La fleur de carotte à un diamètre de 3 à 7 millimètres suivant qu'elle se trouve côté centre ou périphérie de l'ombelle (une question de place). En juillet août, en dehors des pollinisateurs classiques, elle est prise d'assaut par les punaises qui semble en apprécier la sève.

Malgré leur petite taille, ces fleurs sont bien visibles, car regroupées à l'extrémité de courtes "tiges" dont une bonne dizaine partent d'un même point pour former un ensemble en forme de parasol, l'ombelle. Ce premier groupe, de diamètre réduit est appelé ombellule.chez la carotte sauvage parce qu'il est lui même associé à d'autres petites ombelles à l'extrémité d'une tige plus longue. Le résultat est une ombelle d'ombellules plus simplement appelée ombelle ou plus exactement ombelle composée.

Cette réunion de fleurs (inflorescence) a comme principal avantage de permettre aux petites fleurs de se retrouver serrées les unes contre les autres pour donner un ensemble dense étalé en un cercle plein. Elles sont ainsi beaucoup plus visibles.
L'ombelle offre aussi un terrain d'atterrissage confortable pour les insectes , augmentant ainsi les chances de pollinisation.
Typique de la famille des Apiacées, ce type de regroupement se retrouve chez d'autres espèces parmi lesquelles les sureaux , les cornouillers ou les viornes.

Chez les Apiacées, l'évolution semble avoir conduit au raccourcissement progressif des tiges portant les fleurs ou les ombellules, comme chez les Astrantia (as). Au final, l'ombelle devient un capitule comme chez les panicauts (pa).

Critères de reconnaissance des Apiacées

Malgré quelques genres à part que nous venons de voir, la famille de la carotte est relativement homogène. La détermination des espèces se fera en utilisant les critères suivants :

  • La forme et le découpage des feuilles
  • la présence et ,si c'est le cas, la forme des bractées fixées à la base des ombelles qui forme l'involucre
  • la forme du fruit

Les buplèvres (Bupleureum) sont caractérisés par des feuilles entières ovales ou plus ou moins comprimées qui suffisent à déterminer ce genre. C'est dans ce groupe que l'on retrouve le seul arbuste de la famille, le buplèvre arbustif commun dans le Midi, qui fleurit en même temps que la carotte sauvage.

Les fenouils se reconnaissent à leurs feuilles profondément découpées en fines lanières et à leurs petites ombelles jaunes. De plus, la déchirure des feuilles dégage une odeur anisée caractéristique. Eux aussi sont en pleine floraison en été jusqu'au mois de septembre.

La fleur de carotte

L'observation des fleurs n'est pas très facile, car la couleur des différents éléments qui la composent est très claire.
À la loupe binoculaire on découvre que la fleur est composée de :

  • Au-dessus :
    • 5 pétales lobés
    • 5 étamines attachées entre les pétales
    • au centre une ou deux pointes partant d'une sorte de disque renflé ovale
  • Au-dessous :
    • Un renflement couvert de pointes où les sépales semblent inexistants.

Chez les apiacées, la base du pistil est incorporée au pédoncule de la fleur, on dit que l'ovaire est infère. Le pistil se termine par 2 styles très courts (les pointes) qui semblent portés par un disque nectarifère (logiquement appelé stylopode)

Vocabulaire du découpage des feuilles

De la feuille entière à celle finement découpée en lanières, il existe toute une variété de formes de feuilles chez les apiacées. Comme celles-ci peuvent se retrouver dans les clés de détermination, voici un petit aperçu du vocabulaire attaché aux feuilles composées.

Tout d'abord, rappelons qu'une feuille composée est découpée en éléments qui ressemblent eux-mêmes à des feuilles, les folioles portées de part et d'autre de la nervure centrale

Dans le cas le plus simple, la nervure centrale devenue pétiolule, porte de chaque côté des folioles directement attachées à elle. On parle alors de feuille pennée

Imaginéz maintenant que le découpage de la feuille se répète chez les folioles. Cette fois-ci c'est la nervure centrale de la foliole qui porte les "sous-folioles". La feuille est bipennée. Si la feuille est de grande taille, on peut aller encore plus loin, cette fois-ci avec un découpage des "sous-folioles" ( 3-pennée ) voire des "sous-sous-folioles" ( 4-pennées ) etc.

.

Maintenant, si le découpage n'est pas complet, mais presque, on remplace le terme penné par pennatiséqué et on a alors des feuilles bi-pennatiséquées, 3-pennatiséquées, etc.

La migraine est aux portes de votre cerveau ? Allez je vous donne un petit truc pour savoir rapidement si la feuille est 2-, 3- ou 4-pennée. En partant d'une foliole latérale, comptez le nombre de nervures centrales que vous devez suivre pour regagner la grande nervure. S'il y en a une seule (A), la feuille est simplement pennée , s'il y en a 2 (B), elle est bipennée, si c'est 3 (C) alors elle est tripennée

Quelquefois, la feuille a des nervures disposées en éventail (palmées), on remplace dans ce cas le terme "penn" par "palm", ce qui donne par exemple palmée si elle est découpée en véritables folioles ou palmatiséquée si le découpage n'est pas total, comme chez la Grande Astrance .

Reconnaître la carotte sauvage

Maintenant que vous disposez d'une belle collection de "penn", de "palm" et se "séquées", jetons un regard sur notre carotte, responsable de cette avalanche de mots. Tiens, madame Daucus fait du zèle, elle se paie deux types de feuilles ! Vers le haut des tiges, elles sont découpées en lanières alors que plus bas ça se complique un peu avec des feuilles bi-pennatiséquées.

Si une plante ressemble à une carotte, il existe un petit détail qui permet, à coup sûr, de savoir si, oui ou non, elle en est bien une. Au centre de l'ombelle se trouve une fleur de couleur rose à rouge foncé caractéristique (quelquefois visible sur une seule ombelle de la plante).

Enfin, le dernier détail qui permet d'être certain de l'espèce est la forme de l"ombelle, repliée en nid d'oiseau, lorsque les fleurs sont devenues des fruits garnis de crochets.

Et la carotte alors ?

Si vous commettez l'irréparable, à savoir déraciner la plante, vous n'allez rien trouver qui peut ressembler à une carotte, tout juste une maigre racine blanche médiocre par sa saveur et sa texture. La carotte sauvage porte-t-elle son nom par erreur ? Comme les marrons qui sont les fruits du châtaignier, la plante portant les carottes n'en est-elle pas une au sens botanique du terme ?

Notre carotte orange est en fait une variété de l'espèce sauvage qui, semble-t-il, serait apparue en Iran plus de 10 000 ans avant notre ère, une variété, de couleur vive, mais de taille modeste peu appétissante. La carotte que nous mangeons n'est apparue par sélection qu’au XVIIe siècle en Hollande.