L'arbousier : voyage au cœur d'une clochette

En fin d'année, les fleurs commencent à se faire rares. C'est le moment de faire connaissance avec un arbuste dont la floraison tardive va nous combler, l'arbousier. Pour le trouver, le maquis est l'endroit parfait, car il y est abondant et ses nombreux fruits colorés présents en même temps que les fleurs le rendent facile à trouver.

Description

Noms communs : Arbousier commun, Arbre aux fraises, Arbre-fraise, Frôle, Olonier
Nom latin : Arbutus unedo
Famille : Éricacées

Présentation

Feuille d'arbousier

L'arbousier est un arbuste de la famille des Éricacées mesurant d’un à trois mètres. À première vue, ses feuilles ressemblent à celles du Laurier-sauce. Elles ont, comme lui une forme elliptique, sont coriaces et alternes sur les tiges. La ressemblance s'arrête là, car celles de l'arbousier sont dentées et ne sont nullement aromatiques.

Le mot Arbousier viendrait, selon Coste, soit du latin arbor qui signifie arbuste, soit du celtique arbois qui veut dire rugueux, en référence à la surface des fruits.
Les fruits appelés arbouses sont des baies sphériques de 15-20 mm de diamètre passant, comme les feux tricolores du vert au rouge en passant par le jaune orangé. Leur surface porte des tubercules pyramidaux-coniques.
Le nom scientifique de l'espèce, unedo viendrait du latin '"unum edo", j'en mange une seule. Sans doute en raison de la consistance granuleuse de la pulpe de l'arbouse.

Remarque : l'arbousier peut pousser sur tout terrain y compris calcaire du moment que le sol est assez meuble.

Une famille à déguster ou admirer

Fleurs en grappes

La famille des éricacées comporte de nombreuses espèces parmi lesquelles les bruyères, callunes, azalées, rhododendrons, mais aussi les myrtilles, airelles ou canneberges. Son représentant le plus étonnant est le monotrope sucepin, une plante sans feuilles, blanchâtre qui parasite les racines de résineux. Le point commun entre toutes ces espèces est une fleur en forme de clochette à 4 ou 5 sépales, 4 ou 5 pétales le plus souvent soudés et un pistil simple.

Les Éricacées comptent de nombreuses espèces poussant sur terrains pauvres ou acides, elles sont aidées par la présence, au niveau des racines, d'une association avec des filaments de champignons (mycorhize) capables de fixer l'azote atmosphérique pour le rendre disponible pour la plante.

Autour de l'arbousier

Malgré sa petite taille, l'arbousier offre de nombreux usages. Son bois est utilisé en ébénisterie pour fabriquer de petits objets (manches de couteaux, flûtes), ses fleurs sont à l'origine d'un miel foncé et légèrement amer et ses arbouses donnent, malgré leur mauvaise réputation, une excellente confiture.

Au cœur de la fleur

Les fleurs, situées à l'extrémité des rameaux sont réunies en grappes ramifiées. La clochette de l'arbousier cache en son cœur une petite merveille d'esthétique que nous allons maintenant découvrir. Pour démarrer, il nous faut une bonne loupe, binoculaire de préférence, et deux épingles de couturière qui seront nos instruments de dissection.

Prenons le temps d'observer l'extérieur de la fleur. Elle porte, à sa base, cinq petits sépales. Au-dessus d'eux démarre la corolle en cloche arrondie dont la base porte des petits renfoncements. Jaune clair à sa base, la corolle vire au vert en se rapprochant du sommet. C'est là qu'elle s'ouvre par cinq petits lobes recourbés vers l'extérieur.

Étape 1 : ouverture de la fleur

La première chose à faire sera de couper la clochette en deux dans le sens de la longueur. Pour ceci, on perce le haut de la corolle avec notre épingle sans trop enfoncer et on descend doucement pour réaliser la première fente. On fait ensuite la même chose côté opposé pour pouvoir ensuite détacher le morceau et ouvrir la fleur.
Attention aux yeux, le spectacle commence !

Si tout s'est bien passé et que votre imagination est en marche, vous avez devant vous une ronde de petits lutins autour d'une cheminée. En clair, dix étamines entourant le pistil. En regardant de plus près les étamines, on voit que leurs filets blancs sont larges, aplatis à la base et couverts de longs poils blancs trempés de nectar. Vers le sommet ils s'affinent pour porter deux sacs polliniques, eux aussi, un peu spéciaux. Chaque étamine porte, en effet, deux appendices en forme de corne s'étirant vers l'arrière alors qu'à l'avant, entre les deux sacs se trouve à l'extrémité une petite pointe. Chaque sac pollinique est creusé sur les bords d'une fossette. Lorsque l'étamine est jeune, on peut voir vers son sommet une zone plus claire en forme de col en V . À maturité c'est ici que s'ouvre le sac par un pore. Les étamines "cornées" et l'ouverture par des pores font partie des caractéristiques des éricacées, même si, certaines exceptions, ont des étamines plus classiques.

Étape 2 : découverte du pistil

Après ce premier spectacle, nous allons, à présent, découvrir davantage le centre de la fleur.
Pour ceci, on bloque la clochette avec une épingle et on détache avec l'autre les étamines situées devant le pistil. Ce n'est pas évident, car le nectar rend collantes les pièces détachées, mais une nouvelle surprise nous attend.

Si tout s'est bien passé, vous avez maintenant devant vos yeux le pistil en entier (on dit que l'ovaire est supère) . Il est posé sur un élément plus foncé en forme de soucoupe, le disque nectarifère. C'est lui qui fabrique le mets sucré recherché par les pollinisateurs.

En bref

Nous arrivons au bout de notre voyage, il est temps de faire le point sur nos découvertes.

La fleur d'arbousier est composée de :

  • 5 sépales courts
  • 5 pétales soudés en une corolle en cloche arrondie débouchant sur une étroite ouverture bordée de 5 lobes
  • 10 étamines aux filets élargis à la base et velus. Celle-ci porte 2 appendices et s'ouvre au sommet par 2 pores.
  • Un pistil composé d'un ovaire supère à 1 style et 1 stigmate.
  • 1 disque nectarifère portant le pistil

L'aventure est terminée, à bientôt pour un nouveau voyage.

E.P.