La forêt, d’année en année régressa pour totalement disparaître dans toute la partie communale. Les arbres n’abritant plus par leur feuillage les averses des saisons humides et leurs racines ne retenant plus leur terre nourricière, la montagne chauve de sa végétation vit rapidement son sol, emporté par les orages, descendre vers la ville.
S’il est difficile de dater la désertification du Faron, il est sûr que celle-ci était bien avancée il y a plus de 400 ans comme semblent le signifier des archives de l’Hôtel de Ville du 19 février 1586 évoquant les « montagnes voisines tellement incultes et stériles » du terroir toulonnais.
Cette situation s’aggrava pendant les 250 ans qui suivirent pour arriver à une désertification presque totale des terrains communaux :
« La partie communale qui commence aux barres rocheuses presque infranchissables qui se trouvent à mi-côte, ne se compose que de vastes bancs de blocs déchaussés et de pierres roulantes sur lesquels, il y a 20 ans, on n’aurait pas trouvé un brin d’herbe. Ce n’est pas sans quelques apparences de raison que l’on traitait de fous ceux qui parlaient de reboiser ces vastes étendues de rochers; car le mouton et la chèvre avaient dévoré jusqu’à la racine des dernières graminées et une grande partie de la rade se trouvait obstruée par les terres que les orages avaient peu à peu entraînées dans le torrent du Las et les fossés des remparts. On peut donc dire sans exagération que le squelette de la montagne restait seul et présentait aux yeux son aspect dénudé comme une immense et irréparable ruine» Extrait de la Revue des forêts, 1873
Après sa longue période de dénudation, le massif, perdu à jamais pour les Toulonnais, eut la chance d’intéresser M. Robert, pharmacien de la Marine, qui étudia pendant des années la flore de la région toulonnaise. Aux alentours de 1850, il eut l’idée de semer à la volée sur le Faron des graines diverses tout en se baladant. A la surprise générale, ces semis donnèrent à côté de nombreux échecs, quelques beaux massifs de pins d’Alep, pins pignon et pins maritimes. En 1850 la municipalité septique alloua à M. Robert la somme de 600 francs pour qu’il poursuive ses actions. D’année en année, le grand caillou des Toulonnais s’orna de quelques « oasis » de verdure et les allocations de la ville augmentèrent. Après Robert, un de ces élèves M.J. Auzende prit la relève.
Dans cette même période, un Toulonnais nommé Émile Vincent travaillant aux « Eaux et forêts » (Office National des Forêt aujourd'hui) après avoir passé un an à Strasbourg puis à Toulouse en tant que Garde général sédentaire à la conservation des forêts est muté dans sa ville.
En 1864, soucieuse d’accélérer le reboisement et encouragée par le docteur Turrel, la municipalité décide de demander la soumission de ses terrains au régime forestier. Ce sont donc les « Eaux et forêts » qui poursuivent les travaux. Deux ans plus tard c’est Émile Vincent, nommé Inspecteur-chef des services à Toulon qui prend le reboisement en main. Les méthodes vont alors changer, pendant une trentaine d’années des équipes de forestiers creuseront sur l’ensemble de la superficie communale y compris sur les versants les plus abrupts de grands trous appelés potets.
...suite de l'histoire